Under the Sand

Under the Sand est un projet de rencontres artistiques transdisciplinaires et internationales. Inscrit dans la durée, de 2016 à 2019 et porté par les artistes Souad Mani et Wilfried Nail, ce projet a pour ambition la valorisation du territoire de Gafsa situé aux portes du désert tunisien. Il crée des échanges entre artistes et curateurs tunisiens et français, au travers d’une suite de résidences et d’expositions en Tunisie et en France. Afin d’actionner une dynamique de pérennisation, le projet vise à co-construire, d’ici 2019, un événement régulier : une rencontre biennale croisant, art, recherche scientifique et territoire.

Impulsé par l’artiste français, Wilfried Nail, Under the Sand est né en 2015, dans le contexte d’un projet de mobilité artistique en Tunisie dans le cadre de la coopération entre la Région des Pays de La Loire et le Gouvernorat de Gafsa.

Le regard de Wilfried Nail sur ce territoire  croise alors celui de l’artiste plasticienne Souad Mani, enseignante et chercheure à Gafsa durant plusieurs années. Ses recherches liées aux notions de territoire et de transdisciplinarité ont nourri les échanges avec wilfried ; et ont permis, via leurs associations respectives, Azones (Nantes) et Delta (Sousse) la co-construction du projet.

Territoire Laboratoire Artistique

Under The Sand porte un regard « archéo-artistique » sur le territoire du gouvernorat de Gafsa, et interroge ses paysages : historiques, politiques, écologiques et utopiques. Il engage une démarche archéologique de fouille, de déterrement, d’extraction, de filtrage et il révèle le non- visible de ce territoire.

Il s’articule également autour des problématiques hydrographiques de ce bassin minier et au milieu de ce territoire-paysages : territoire singulier et paysages multiples d’intérêts scientifiques, culturels, historiques et anthropologiques (oasis, sites miniers et fossilifères, gisements préhistoriques, vestiges archéologiques, patrimoine agraire, patrimoine colonial, patrimoine immatériel ).

Gafsa devient un laboratoire d’investigations et d’expérimentations artistiques à ciel ouvert. Il s’agit de travailler en extérieur, d’étudier, de collecter et de construire in-situ dans différents lieux et milieux, pressentis par les artistes et d’impulser des rencontres, des échanges avec les personnes pratiquant ces lieux afin de repenser avec eux les questions soulevées par le projet.

Artistes et curateurs associés au projet Under the Sand, sont invités en résidences à mettre en oeuvre des réflexions et des expérimentations liées aux métamorphoses de tous ces paysages pour traduire des interrogations révélées par ce contexte particulier.

Under the Sand implique plusieurs modes d’expressions artistiques en connexion avec d’autres disciplines du domaine scientifique (chimie, biologie, géologie…) et des sciences humaines (littérature, histoire, philosophie, anthropologie…). Dans cette logique artistes et chercheurs se mettent en dialogues afin de développer des unités de recherches transversales pour confronter la question de l’art et de la science dans un territoire-paysage-s.

Dispositifs Pédagogiques

Fondé sur une dynamique cohérente, le projet impulse la mise en place de dispositifs pédagogiques extra-académiques avec les différents Instituts d’Enseignements Supérieurs en sciences et en sciences-humaines. Outil et support de recherches scientifiques à disposition des étudiants et des enseignants, le projet active la recherche appliquée et la « pollinisation de savoir » (processus d’aller-retour et de partage de connaissances). Dans cette perspective il propose des workshops, un réseau-ressource de compétences à la fois alternatives et complémentaires à un cursus universitaire.

Pour cela, Under The Sand favorise des rencontres entre artistes et étudiants chercheurs. Lors de workshops, les étudiants sont sollicités à venir travailler, in-situ, avec les artistes, plusieurs jours consécutifs, afin d’engager des échanges et des pratiques autour de la démarche de l’artiste. Également, cette dynamique pédagogique donne la possibilité aux enseignants intéressés et invités de s’appuyer sur le projet dans le but d’alimenter et d’enrichir leurs cours et leurs ateliers.

De façon complémentaire sont envisagés des sorties pédagogiques, des entretiens avec les artistes et des tables rondes autour des problématiques soulevées par les propositions artistiques du projet.

Expositions franco-tunisiennes

La dimension internationale d’Under The Sand prévoit de nombreuses expositions au sein de différentes structures culturelles de Tunisie et de France. À la suite des résidences in-situ, plusieurs expositions auront lieu dans différents lieux pressentis en Tunisie, entre Gafsa, Sousse et Tunis, puis en France, entre Nantes et Saint-Nazaire et enfin à Paris. Chaque exposition est repensée en fonction des lieux et des étapes du projet.

Ces restitutions seront l’occasion d’imaginer une construction-monstration collective. Ces différents temps seront conçus comme une recherche en laboratoire après une étude de terrain. Ils permettront d’ouvrir un espace réflexif où se prolongera notamment, la question du laboratoire en art.

Under The Sand est une pensée collaborative et ouverte.

Nucléus – Exposition 2016

NUCLÉUS : Un jardin où le soleil lui nuit et jour.

Trans- : dans l’idée même de transformation, la forme est en train de changer – elle est en se mettant en forme pour paraphraser la quête du gérondif de Pascal Quignard. Disant cela, on semble affirmer que la matière agit par elle-même vers sa forme, qu’elle poursuit une poussée vers une forme définitive, son conatus. La question de l’agent de la transformation n’est pas évacuée : s’il y a agent, il participe de cette poussée, il l’opère. En un sens, elle est son œuvre et à la fois elle le dépasse. Mais le terme signale le processus, en faisant l’impasse sur le résultat. Le résultat, res ultima, pouvant du reste être considéré comme l’impasse de la transformation, sa limite, le dernier état dans lequel demeurer – et une résidence n’est pas une demeure. Une exposition devrait toujours être une fin, la destination finale du travail artistique – le vernissage constituant le rituel lors duquel on sacrifie la transformation. Ce ne sera pas le cas pour ce premier volet où se dévoile UNDER THE SAND. En tout premier lieu, s’il faut le souligner, les objets d’étude présentés ici ne sont pas des représentations, ils sont, au contraire, signifiants par eux-mêmes. A l’état brut. Pourtant, quelque chose s’est transformé – si ce ne sont pas les objets, ce sont sans doute les sujets. Notre regard s’est retourné. Nous nous faisons ici les miroirs des érosions et des extractions, des constructions et des abandons, des soulèvements et des impuissances, du sable fossile et des jardins fertiles. Il n’attendait que ça, le sable, avec patience, qu’on (c’est indéterminé, on) l’époussette, que l’œil et la main deviennent un seul outil pour balayer/observer. Les montagnes ont enduré les tractopelles et la dynamite, elles ont été retournées, le plus profond parvenant à la surface à force d’engins mécaniques, mais, toujours en attente, elles ont organisé une résistance passive, une érosion sélective, quitte à se déplacer plus rapidement qu’à l’habitude, de leur foyer au terril – en passant par la case phosphate, recevez 20.000 francs.

Ayant identifié d’importants gisements de phosphate dans les sous-sols de Metlaoui, à quarante kilomètres de la ville déjà ancienne de Gafsa, le géologue français Philippe Thomas y fonde la CPG, Compagnie des phosphates de Gafsa, en 1897.

Aux mines souterraines creusées dans les premières années du 20e siècle succèdent, au milieu des années 1970, presque 20 ans après l’indépendance de la Tunisie, des carrières à ciel ouvert. L’automatisation industrielle puis la chute du cours des matières premières entraînent d’abord la fin du modèle de capitalisme paternaliste hérité des colons (prise en charge par la CPG de l’ensemble de la vie économique, sociale et culturelle des employés, de leurs familles, et par extension des habitants du Gouvernorat de Gafsa) puis une drastique réduction des besoins en personnel : à la fin des années 1990, la CPG a divisé ses effectifs par 3 et n’emploie plus que 5.000 personnes. Ce microclimat de crise économique et sociale, auquel s’ajoute le ras-le-bol vis-à-vis d’un système opaque de recrutement, entraîne un soulèvement politique. En janvier 2008, Redeyef s’embrase ; trois ans plus tard, la révolte a gagné tout le pays.

Le processus révolutionnaire est jeune : 5 ans, pas tout à fait l’âge de raison ; jeunes aussi les agents de ses premières poussées, qui sont maintenant ceux des transformations visibles. A Redeyef, un groupe de jeunes a débarrassé2 le gourbi entassé dans un ancien magasin général fondé au cœur du fillège3 par les colons français : sous les IPN de style Eiffel, entre les colonnes de métal supportant le premier étage (qui deviendra à terme résidence d’artistes), ils ont aménagé un studio d’enregistrement, bricolé une petite bibliothèque, invité des troupes de théâtre de Tunis ou d’Irak. Ils ont fait de l’espace. Un espace autogéré, activé par ceux qui l’utilisent et le fréquentent, devenu carrefour d’échanges, de paroles libres, de cultures d’ici et d’ailleurs. Rojdi sera bientôt en stage à Besançon, Hamza diffusera sous peu ses films sous-titrés sur Youtube…

Il faudrait aussi parler de Monsieur Saïdi, né à l’ombre de ces montagnes où ses ancêtres sont enterrés, et qui, devenu archéologue pour mieux respecter leurs ramadiya4, vous ferait en une journée une formation accélérée à la lecture de leur stratigraphie, témoin de la continuité de la présence humaine auprès des sources. Et de Monsieur Souid, dont la boutique encombrée de photocopieuses hors d’âge et de grandes bouteilles de parfum de contrefaçon ne laisserait, si on était ailleurs, présager en rien de sa qualité de journaliste, interviewant l’ambassadeur et rêvant la conquête de la Lune par les Arabes – qualité qui ne laisserait, si on était ailleurs, présager en rien de la redistribution directe à l’œuvre dans son oasis, où les paysans vendent à leur profit les légumes qu’ils y cultivent. Et de Nizar Saidi, directeur de L’Espace, place Pasteur, où, sous l’apparence d’un café aux poufs aux capitons en plastoc, se donne à voir l’énergie artistique de Gafsa, y trouvant un lieu, un accueil, un outil, un public. Et de Mohamed, Rym, Aïcha, Brahim, Ranya, Habib, qui ont voleté tout au long des workshops, l’air de ne pas y toucher, pour finir par nous donner une impeccable leçon d’intelligence et d’engagement dans un français d’autant plus émouvant qu’il était hésitant. Et du boulanger d’Ennour qui offre son ftai, et du fils du patron du Cléopâtre, et du professeur de chimie rencontré au pied de l’étrange bâtiment de refroidissement d’eau, et des responsables des ronds-points, de Dar Loungou, des ordinateurs… Et de Chems – mais si on devait parler de Chems, on y passerait plusieurs vies aussi folles que la sienne, et de toute façon, les mots ne touchant pas le soleil, autant le rencontrer.

Il faudrait parler des dos d’âne, de la Garde nationale, du tuk-tuk de Taher, de la leçon d’arabe par Manel, Sirine et Jihen au Café Panorama, des échafaudages infinis, des maisons imperméables à l’éclatante lumière, des cannettes sisyphéennes de Gafsa Beach, des salons de l’Hôtel Jugurtha, du bruit des pièces de 1DT s’entrechoquant, des fossiles de dents d’animaux marins (hypothèse toujours en cours de validation), des horaires des salles de classe, de l’ordre trouvé dans le désordre. Pourtant, la simple évocation devrait suffire. Non, en fait : l’évocation paraît déjà de trop, elle ne transmet rien, simplement elle réifie et limite l’expérience, les expériences, qui ont traversé les artistes. Vous ne recevrez pas de cartes postales.

Puisque les cartes écrasent les reliefs, comme l’objectivité écrase la subjectivité, cette présentation propose davantage de parcourir un territoire à travers ses traces – ce qui en rendrait compte, sans pourtant en tenir lieu, pourrait ne résider qu’en un ensemble d’objets relevés et prélevés. Avec la certitude que, dans le laboratoire, l’alchimie n’aboutira jamais à la transformation du plomb en or, juste à la transformation de l’apprenti en philosophe – et qu’à partir des graines semées au cours de cette traversée, UNDER THE SAND est en train de se déployer au milieu du désert.

Jean–Christophe Arcos

Dossier de presse

Metaxu – Exposition 2017

L’exposition Metaxu présentée au B’Chira Art Center fait suite à la troisième résidence organisée par le projet Under The Sand dans la région de Gafsa. Elle prolonge les problématiques de la première exposition intitulée Nucléus qui s’est tenue en décembre 2016 à Nantes, lors du retour du premier volet de résidences.

 Le mode opératoire de la précédente exposition s’apparentait à la formation du cristal dont chaque couche structurée, nous rappelle Gilbert Simondon, sert de principe à la formation de la couche de cristal suivante. Au dispositif en feuilletage et plateaux, convoquant couches géologiques et temporelles diverses, se déploient désormais des ramifications moléculaires qui procèdent par tissage et métissage. À la cellule du nucléus et aux non-œuvres de la première exposition répond donc un deuxième niveau, ou plutôt, un état intermédiaire que les Grecs nommaient METAXU. Les noyaux matriciels s’animent d’une quasi-vie, en cela qu’ils se maintiennent dans le processus qui les fait croître, et fonctionnent par voisinages, connexions en résonnant entre eux, selon des embranchements multiples.

Performance, vidéo, installation, peinture ou encore dessin, un large éventail de pratiques est déplié à travers l’exposition, offrant un discours polyphonique où s’articulent histoire, anecdote, mythologies, gestes archaïques et intelligence artificielle. Pas de parcours spécifique mais une structure éclatée qui rend compte de la réalité hétérogène d’un territoire oscillant entre permanence et transformation, condensation et dissémination.

Impactée depuis des années par l’exploitation minière et les mouvements sociaux, Gafsa se présente aujourd’hui comme une ville aux multiples facettes. Durant la résidence, les artistes ont pu arpenter ses quartiers résidentiels en chantier, ses montagnes d’ocre et de sable, ses oasis tentaculaires, son centre ville défraichi ou encore ses sites préhistoriques et romains, autant de paysages contrastés qui ont nourri leurs différents travaux. Ces derniers proposent de réifier la mémoire des hommes et des lieux (Farah Khelil, Amélie Labourdette, Wilfried Nail, Ali Tnani), de réactiver des croyances ancestrales (Imen Bahri, Haythem Zakaria), de capter l’empreinte de l’artiste dans le paysage (Souad Mani, Benoît Travers) ou encore d’invoquer des imaginaires inattendus par l’isolement ou la stylisation des motifs observés in situ (Minhee Kim, Pascale Rémita).

Bien que pensées dans des approches différentes et développées en plusieurs temps et espaces, les œuvres de l’exposition dialoguent inexorablement et ouvrent sur une multitude de sujets et de questions éludés ou laissés en suspens. Elles introduisent de nouvelles dimensions, de nouveaux filtres de perception. Plus encore, elles restituent l’épaisseur du temps, de la matière et de la parole oubliée dans un territoire aussi large et complexe que celui de Gafsa.

A travers ces œuvres, Metaxu inaugure une nouvelle phase du projet Under the Sand. Il aura fallu goûter à l’ennui créateur, à la latence providentielle et au rythme lent du quotidien pour que les potentiels du temps produisent de nouveaux régimes. Le poétique est venu se mêler au politique, l’intime au collectif, le profane au sacré. Les représentations figées et les lieux communs ont été désamorcés, fissurés. Il en résulte un territoire déplacé, augmenté, en somme un territoire qui fait corps avec le monde.

Les commissaires: Fatma Cheffi & Marion Zilio

Dossier de presse

Avant la poussière – exposition 2018

Tandis que l’on se rend vers l’espace d’exposition, l’on traverse un espace de bruissements comme issus d’un autre monde ou d’une autre époque. Dominique Leroy[1] a mis au point un dispositif de captation sonore se greffant sur l’architecture et les flux du Lieu unique. Cette installation in situ exploite le potentiel vibratoire des différentes « peaux du bâtiment », celles qui nous séparent de l’espace extérieur par ses vitrages en polycarbonates, sa charpente ou son sol métallique, celles induites par les différents réseaux visibles et invisibles constituant le souffle du lieu, sa chaufferie, le champ électromagnétique de ses néons, ses antennes wifi… Animant l’architecture d’une quasi-vie, ces instruments modulaires constituent une « écoute contact », dont les fréquences organisent un paysage, autant sonore que mental. « Images sonores », pourrions-nous dire, qui seront encore diffusées en live sur une web radio dans une logique de devenir-monde. Cet appareillage du lieu ou « lutherie live » est un bricolage faisant de l’architecture un instrument, le mobilier est devenu émetteur et résonateur, comme un écho renvoyant une ambiance à demi-mot, une sorte de nouvelle langue à partager au-delà et en-deçà de celle que nous leur avons imposée.

Cette attention particulière à la vie d’un site est à nouveau ce qui a conduit les artistes nantais à rencontrer un territoire aux multiples résonances : le gouvernorat de Gafsa, région située en bordure du désert tunisien, où s’érigea dès 1887 un bassin minier de phosphate dont l’exploitation mena à son développement économique comme à son déclin. Les artistes se font l’écho de ces ambivalences, où se mêlent des images d’Épinal à la réalité socio-économique de la région. Cette polyphonie, semblant provenir d’un ailleurs si proche soit-il, modélise les premières fictions, celles qu’il conviendra d’ébrécher et celles dont il s’agira de tirer les fils. Elle constitue un prélude aux différentes résidences qui se sont déroulées dans la région de Gafsa et un épilogue bouclant la boucle d’un cycle d’expositions qui débuta à Nantes avec l’exposition Nucléus, puis se poursuivit à Tunis, avec Metaxu. Le séjour des formes. Du noyau fondateur aux premières formes en formation, Avant la poussière se propose désormais de penser ce temps suspendu avant que ne s’achève un projet, avant que ne se façonnent les déserts, dans le temps long de la cristallisation puis de l’entropie de toutes choses, à l’image de ces roches et sédiments calcaires s’effritant lentement en poussière dans le souffle du vent.

Après avoir collecté, accumulé, extrait du sol et de l’air la matière pour leurs différents projets, les artistes ont commencé, prudemment, à échafauder. Car avant de construire, il leur a fallu déconstruire, goûter aux lenteurs providentielles, aux échecs aussi. Se tenir à l’écoute, or pour cela, écrivait Fatma Cheffi, « il faut loger à la proximité immédiate de toutes les matières tangibles et fictionnelles, l’eau mais aussi le sable. Ne pas chercher à les sonder, mais se perdre en elles et se faire l’écho de leur mystère »[2].

Passé la porte, une bourrasque de vent nous fouette la joue, elle agite un drapeau, reflet d’un pays en recomposition, dont on loue à distance la transition démocratique. Mais le vent de contestation qui alluma la mèche des révolutions arabes, et mena au renversement du dictateur Ben Ali en janvier 2011, a plus fortement encore installé une fracture avec l’arrière-pays. Sept ans plus tard, l’engrenage n’en finit pas et les manifestations récentes en sont l’envers du décor. Pris sur le vif, alors que l’on se rendait en workshop, à l’Institut des Beaux-Arts de Gafsa, le drapeau filmé par Wilfried Nail se fait la métaphore d’une nation en quête d’elle-même. Elle engage un autre récit par la force de l’imagination qui tend à déformer les images a priori et celles de la perception immédiate.

De l’air brassé au vent qui nous souffle dans le dos, on suit alors les lignes d’un câble électrique qui semble avoir été saboté. S’appuyant sur l’embrasement qui, des grèves aux électrocutions puis à l’immolation de Mohamed Bouazizi en décembre 2010, conduisit aux mouvements de révolte dans le sud de la Tunisie, Benoit Travers creuse les failles par des gestes répétés. Dans la logique de ses diverses actions et performances, il martèle de manière continue une voiture coincée sous les gravats dans le Oued asséché d’el Melah, comme pour en accélérer l’érosion ; il ébrèche à grand coup de sabre les crampons d’un pneu semblant évoquer le rocher que roule chaque jour Sisyphe jusqu’en haut d’une colline. De ces superpositions et polyrythmies, il en ressort un « dialogue sonore » rejouant l’entremêlement des rythmes percussifs produit par les ouvriers sur les chantiers. Son geste, en apparence vain et monotone, travaille les récits comme des actes, procède d’une poésie en lutte contre les destins scellés. Il incarne la capacité de remettre la croyance au service de possibilités politiques utopiques ou matérielles. Portant son attention sur des éléments saillants de l’espace urbain à Gafsa (ses briques, ses tas de pneus, ses tôles de voitures…), Benoit Travers érige les conditions d’une « architecture f(r)ictionnelle » qui façonne une partition musicale que l’on ne sait pas encore jouer. Cette dernière libère peu à peu de l’engrenage sisyphéen, des images premières, des fictions et des réalités qui empêchent de voir autrement le territoire ou d’effectuer des pas de côté. Comme le moucharabieh, son installation de briques poinçonnées produit un maillage qui accélère le vent et, dans le même temps, dérobe des regards indiscrets.

L’œil s’affine. Les détails prennent de l’épaisseur. L’on remonte le fil du temps, l’on se laisse doucement impacter par le territoire et son histoire, et l’on se détache enfin d’une atmosphère d’expédition scientifique aux réminiscences colonialistes.

De la colonne romaine, vestige d’un passé glorieux, à sa reproduction industrielle sur les façades des maisons inachevées de Gafsa, l’artiste coréenne Minhee Kim déroule le processus d’une colon(ne)isation composite, mêlant les civilisations antiques grecques, romaines et arabo-musulmanes. Trace d’un passé en ruine ou d’une archéologie du futur, les colonnes restent droites lorsque les plans se sont, eux, écroulés. En mixant les matériaux, Minhee Kim rejoue le syncrétisme d’un pays aux acculturations multiples, mais aussi l’idéologie d’une modernité qui tend à préférer le béton. La colonne mobilise en cela autant un imaginaire ornemental, académique, voire kitch, qu’un témoignage historique révélant l’organisation d’une ville et la présence de vie. Le processus de fabrication suit alors les motifs repérés au cours des résidences à Gafsa ; du marbre présent à l’aéroport de Monastir, vitrine touristique à l’importation couteuse, aux étalages de colonnes sur les bords des routes, en passant par les armatures de fer recourbées rappelant les origines de cet élément architectural. Car la colonne n’est pas une invention helléniste, contrairement à l’opinion répandue. Inspirés par la nature, les Égyptiens furent les premiers à concevoir des piliers empruntant leurs formes aux lotus, aux papyrus ou aux palmes. Élément structural et métaphysique, située entre le sol et le plafond, la terre et le ciel, la colonne évoque enfin le mythe d’Atlas, parent éloigné de Sisyphe. Condamné à porter pour l’éternité la voûte céleste sur ses épaules, le titan, dont le nom provient également des mythologies berbères, fut transformé en un massif montagneux s’étendant du Maroc à la Tunisie. Il délimitait, pour les poètes et les historiens d’antan, la frontière occidentale du monde connu…

La transposition antique d’une structure architectonique vers le rôle que peut jouer une chaîne de montagnes semblant porter le ciel, par sa hauteur et les nuages qui s’y accrochent, se rencontre et se contemple dans le diptyque vidéo de la plasticienne Pascale Rémita. Ici le temps paraît suspendu, à échelle d’homme, on ne perçoit plus que le vent balayant lentement les nuages et leurs ombres qui se baladent tel un tableau vivant. La simplicité du geste est une manière pour l’artiste d’établir un lien spatio-temporel avec le territoire, à « pas feutrés », dans la réserve et l’humilité que réclame une résidence sur un territoire inconnu. C’est ainsi, et seulement, que les rythmes s’éprouvent pour ce qu’ils ont de cosmogonique, dans l’éloge de la lenteur et le respect des cycles géologiques. La montagne devient magique comme celle de Thomas Mann, et accompagne le sentiment de finitude de l’homme ; ce moment, devant l’éternel, où l’on oublie enfin d’exister pour se concentrer sur les détails infinis du paysage rocheux.

Comme la plupart des peuples méditerranéens, les pratiques funéraires des capsiens (dont la culture mésolithique centrée sur le Maghreb a été nommée d’après la ville de Gafsa), suggèrent une croyance en une vie après la mort. En imprimant sur une plaque de calcaire le mur de séparation entre le monde des vivants et celui des morts, Amélie Labourdette tente d’en saisir l’aura, de recouvrer un « esprit du lieu » comme si celui-ci s’était fossilisé dans la pierre. Sa série Traces d’une occupation humaine se déploie depuis les fouilles du Paléolithique-moyen jusqu’au sol retourné par les tractopelles de la Compagnie de Phosphate de Gafsa (CPG), en passant par les tags d’une contestation clamant le « non » au travers de signes paraissant ésotériques pour celui qui ne connaît pas la langue. Dépourvu d’humain, ses images racontent l’histoire d’un chantier civilisationnel, dans le temps long de ses strates géologiques. Utilisée comme matériaux de construction, la roche sédimentaire de nature calcaire se forme grâce à la consolidation de coquillages marins, c’est-à-dire d’un ensemble de déchets, dépouilles d’animaux et de végétaux, constituant un territoire délaissé par les ontologies traditionnelles. Cette matière inerte promise à s’aréniser (à devenir sable) est devenue le support de ses photographies. Elle conserve en cela les traces d’une écologie mémorielle, tout à la fois humaine et non-humaine. Sans cesse écrasées, ébréchées, dévaluées ou instrumentalisées, les pierres reviennent ici pour ce qu’elles sont : des ruines, ou plutôt, une sorte de livre du temps cristallisant différentes strates temporelles. Le passé est toujours là, enfoui, mais autrement que sur le mode du souvenir conservé : il est devenu un mode de présence fossilisé grâce auquel l’archéologie déchiffre et tente de re-lire le passé.

Aux vestiges exceptionnels sont ainsi préférés les traces et indices modestes d’une vie collective : les restes de nourriture ou d’habitation, les cendres d’une déchèterie ou celles d’ « escargotières », les fameuses « Ramadias ». C’est par une archéologie des ruines, des tas et des gravats que les artistes nantais ont cherché à recomposer une histoire universelle. Et c’est par le motif de l’échafaudage que Wilfried Nail tente de fabriquer des contre-récits ; des récits mineurs fondés sur l’anecdote, les rumeurs et les petites vérités, les objets insolites ou insignifiants que l’on range dans des cabinets de curiosité. Mais ces objets ne paraissent triviaux que pour celui qui reste hermétique à l’histoire qui s’y logue, chacun de ces recueils conserve en effet une trace mnésique singulière, liée à un lieu, une rencontre, une aventure. Ainsi de cette empreinte en aluminium réalisée par la fonte de canettes ramassées au bord d’un lac prétendu magique, ou de cette brique recueillie lors de la première expédition avec l’archéologue Mohammed Saïdi. De sorte que Wilfried Nail organise plutôt un système de niches, un trésor d’associations, une fabrique d’imaginaires. À la vitrine poussiéreuse du naturaliste est substituée une « structure d’accueil » à l’équilibre précaire et aux formes quasi-organiques. S’enroulant autour des colonnes, le bois brulé s’agrippe à l’architecture comme un lierre, sans toutefois l’étouffer. L’installation fait corps avec le lieu comme le font les instruments modulaires de Dominique Leroy, dont la diffusion ambiante émet les sons captés à proximité du fameux lac. Les collections et les inventaires d’antan sont déclassifiés, déstratifiés, proprement associés de manière désinvolte et résolument imprévisible. L’écriture de l’histoire passe ici par une Wunderkammer, une chambre des merveilles, semblant provenir du futur. Le paysage se réduit au détail, il se couche littéralement et se lit par tous les bouts, à l’image de ces photographies imprimées sur aluminium aux allures de fictions spéculatives. Car désormais le temps forme une boucle, si l’on relit le passé avec le présent, c’est par le futur que ce dernier s’in-forme dans l’hétérotopie et l’hétérochronie.

Les déserts ont toujours frappé l’imaginaire, les amoureux de science-fiction comme les adeptes de la méditation. À l’image de l’expérience sensible que propose Pascale Rémita dans ses vidéos, ses palmiers réalisés aux fusains s’imposent pour leur capacité à conjuguer avec subtilité les oppositions : « fugacité et légèreté, excès et profondeur ». Car si le palmier symbolise les déserts chauds, les côtes et les paysages tropicaux, s’il évoque un imaginaire de la carte postale ou de l’exotisme, on l’utilise bien davantage à des fins économiques pour son bois ou ses fruits, ainsi que l’avait bien compris la colonisation française. Intitulé « Pluie d’ombre », il prend ici un tournant singulier semblant rappeler un climat politique instable, où planent aujourd’hui l’«ombre des barbus» et l’aridité d’une région toujours sous tension. La perception devient sujette à toutes les réversibilités ; si Rogers Caillois voyait dans les veines du marbre et des roches perforées, la matière à de longues rêveries, méditations ou hypnoses, Amélie Labourdette ne fait pas de la présentation de deux pierres trouvées dans l’ancienne carrière de phosphate, un tremplin pour le fantastique. Elles sont plutôt les reliques d’une carte en trois dimensions, sur laquelle l’étain fondu trace des chemins et des voies multiples dans un paysage promis à l’érosion et à la dispersion en poussière. C’est pourquoi la pierre que l’on prenait pour le symbole de l’immobilité structurale, de la dureté et de la stabilité, se définit plutôt comme le friable et le mouvant, si ce n’est le vivant. Elle se situe « avant la poussière », à l’exact moment de l’éphémère et du suspendu, dans les potentiels du temps.

Aux rythmes impactants d’une résidence sur un territoire inconnu, désireuse de découvrir les réalités enfouies succèdent d’autres logiques du regard, d’autres temporalités. « Avant la poussière » se lit à rebours comme une cure analytique, où l’on remonte de strate en strate, où l’on déblaie le sable pour en faire émerger des déchets. Contre la volonté d’idéaliser le passé mais aussi l’avenir, l’exposition se loge dans un présent atemporel, suspendu, presque mélancolique, mais une mélancolie susceptible de relancer les récits. Le temps s’est spatialisé et les œuvres disposées dans l’espace permettent de l’arpenter : de sa contemporanéité à ses passés immémoriaux, de son actualité bouillonnante vers ses mythes ancestraux et ses fictions spéculatives. Le vent n’en finit plus d’étendre son empire, les grains de sable en nombre infini obéissent toujours à ses caprices.


[1] Avec la participation de Jef Rolez.
[2] Fatma Cheffi, commissaire invitée de l’exposition « Metaxu. Le séjour des formes », au B’chira Art Center, Tunis, 2017.

Marion Zilio.

Dossier de presse

Artistes

Ali Tnani

Né en 1982 à Tunis, diplômé de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tunis, Ali Tnani vit et travaille à Paris. Il est actuellement en résidence à la Cité Internationale des Arts.

Au coeur de sa pratique – dessins, installations et photographies, la question de la trace et la forme du négatif. Cet intérêt pour la trace, indicielle ou rémanente, est le corollaire d’une réflexion que développe l’artiste sur la notion de « contre-espace ». Ces « contre-espaces » sont à la fois plastiques et politiques : y émergent des contradictions qui permettent de questionner ce que peut être l’utopie à l’heure de l’ultra-connexion. Ils permettent également de faire signe des traces fantomatiques de l’histoire, celle qui a été écrite, et celle qui se réécrit actuellement et se réécrira encore dans le futur.

Son travail a été présenté en France à la Terrasse – Espace d’Art de Nanterre, au Château d’Oiron, à PA – Plateforme de création contemporaine; à la 5éme Biennale de Marrakech, au Musée des Beaux-Arts de Mons. En Tunisie, Ali Tnani a exposé au Musée du Bardo et au Musée de Carthage. Il prépare une exposition personnelle qui se tiendra à la Galerie Elmarsa en Octobre 2017.

Site personnel

Amélie Labourdette

Amélie Labourdette est diplômée de l’Ecole Supérieur des Beaux-Arts de Nantes Métropole (France). Bénéficiaire de bourses de production et de recherche, son travail à été montré dans différentes expositions en France et à l’étranger (Royaume-Unis, Chine, Géorgie, Italie, Allemagne). Elle est également présente dans des collections publiques (artothèques) ou privées. En 2016, elle est lauréate du Sony World Photography Awards, dans la catégorie Architecture, avec la série photographique Empire of Dust.

Elle est représentée par la Galerie Thierry Bigaignon, Paris, France.

La production photographique d’Amélie Labourdette questionne ce qui est situé en dessous du paysage visible. Le paysage nous renvoie à quelque chose de de la mémoire collective et individuelle. Il est le reflet de l’histoire, d’une époque, ainsi que de notre imaginaire. En s’interrogeant sur la notion de territoire, elle cherche à faire apparaître photographiquement ces espaces sous-jacents révélant les multiples strates d’identités et de temporalités d’un paysage.

Elle construit et réalise ses projets photographiques en étroite relation avec l’idée du territoire car c’est du paysage et de cette « archéologie du présent », dont elle souhaite parler avant tout.  

Amélie Labourdette interroge les valeurs documentaire, fictionnelle et esthétique induites par ses photographies.

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Benoît Travers

Artiste performer, plasticien et musicien, né en 1974, vit et travaille à Nantes.

Diplômé du DNSEP des Beaux-Arts de Rennes en 1999 et étudiant au California Collège of Art and Craft, il réalise en france et à l’étranger des projets performatifs qui procèdent d’une même expérimentation de démantèlement des codes de présence et de présentation à un public mis en oeuvre à travers le filtre de concepts tels que: le changement de statut performeur/public/objets, le réel, la fiction, le rythme et le chaos.  Chacun des projets est une élaboration de protocoles collaboratifs ou non, opérants dans différents champs d’investigation: la présence, le geste performatif, la parole, le texte, la sculpture et la musique.

Paralèllement à sa pratique plastique il travaille dans différentes compagnies de danse et groupes de musique. Il se produit régulièrement dans le cadre de festivals ou d’expositions (La Maison de la poésie de Nantes, Le Quartier à Quimper, Le Crac Alsace, L’ Ecole Spéciale d’Architecture de Paris, L’Espace Gantner de Belfort etc). Benoit Travers donne également des Workshops et conférences autour de la performance dans diverses structures culturelles comme la Scène Nationale Le Grand R à La Roche sur Yon, L’Ecole des Beaux-Arts de Angers, le MASC ou pour des collectifs artistiques ou des compagnies privées.

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Dominique Leroy

Dominique Leroy travaille les contextes qu’il investit comme des « cartes à poétiser ». Il pose un système (sonore, programmé…) dans un environnement qui devient le capteur de son propre code, le révélateur de sa propre substance. L’artiste nous invite souvent à traverser, à ressentir — in corpore — la peau, la carte, le nouvel environnement qu’il a pu inventer, comme un double du réel. La poésie naît de notre immersion dans un nouvel espace à explorer, à notre mesure, mêlant cependant diverses échelles.

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Farah Khelil

Farah Khelil est Née en 1980 à Carthage, vit et travaille à Paris. Elle a obtenu un doctorat en Art et science de l’art de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Intéressée par la périphérie du regard et par la mise en image du mot, Farah Khelil interroge le point de vue comme condition d’accès à une réalité. Elle détourne et s’approprie objets, légendes, commentaires, citations et archives en installant dans ses œuvres des protocoles de traduction, de codage, de distanciation et de cécité en usant des jeux de dissimulation et de dévoilement du sens. Ces données prennent forme à travers une mise en place d’une œuvre qu’elle qualifie de logicielle. En élaborant une recherche sur le rapport de l’art à la traduction et en particulier à travers une lecture plasticienne et critique de la notion du diagramme, Farah Khelil interroge la transformation et le processus d’un devenir et dessine une image de la pensée entre culture savante et populaire.

Elle participe à de nombreuses expositions en France et à l’étranger : Art of the postcard, Handel Street Project, London (2017) ; Voice of the border, Selma Feriani Gallery, Tunis (2016) ; Publish or Perish, Transmitter, Brooklyn, New York (2016) ; Territoires Arabes, Constantine Capitale de la Culture Arabe, Algérie, (2015) ; La Mer au milieu des Terres, Es Baluard, Palma de Mallorca (2015) ; Un Cabinet de curiosités, The Undercurrent Projects, New York (2014).

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Haythem Zakaria

Haythem ZAKARIA, né en 1983 à Tunis, vit et travaille actuellement en France.

Ses créations plastiques, largement imprégnées de spiritualité soufie, mettent en oeuvre des techniques visuelles non conventionnelles (glitch, méta-image, ciné-process) qui l’orientent et l’impliquent dans l’expérimentation de dispositifs matriciels et protocolaires.

Ainsi, il est conduit à explorer des procédés visant à « sur-réaliser » l’image par intégration, greffe, superposition d’informations formelles visuelles ou sonores. Ses créations sont le fruit d’une introspection vers l’image, par l’image et dans l’image. Elles révèlent des univers multiples et insoupçonnés générant comme des partitions visuelles qu’il convient de lire ou déchiffrer par la sensation immédiate et la réflexion. Déroulant ce fil fragile qui va de l’intériorité vers l’extériorité de l’Etre, H. Zakaria, opère ainsi un mouvement qui a pour objectif de nourrir et concrétiser pour nos sens une perception qui incite à une perplexité fécondante. Formellement simples, ces oeuvres recèlent des significations qui ne se révèlent qu’à ceux qui, patiemment, prennent le temps d’approcher des voies propres menant vers elles.

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Imen Bahri

Imen Bahri (1982, Tunisie), est une artiste visuelle, Docteur en sciences et techniques des arts et universitaire. Elle vit et travaille à Tunis.

Son univers plastique se cultive de la mémoire de la société dans laquelle elle vit à travers diverses techniques allant de la photographie, passant par l’installation à l’art numérique. Dans une sorte de fouille archéologique, elle explore des phénomènes divers et variés de la société à travers des mises en scènes photographiques ou des installations. Cette fouille touche à la fois les histoires, les mythes, les objets et les lieu. Elle mène en ce moment un projet artistique sur le territoire de Gafsa où elle explore l’anachronisme entre le numérique et les pratiques de rituels ancestraux.

Son travail a été présenté en Tunisie à la bibliothèque nationale, au printemps des arts à la Marsa, à l’exposition des arts numériques de l’efest, à la galerie Essadi à Carthage, au musée de Bardo. En France, Imen Bahri a exposé à la Médiathèque Simone-de-Beauvoir de Romans, à la galerie l’Atelier à Nantes.

Minhee Kim

Originaire de Corée du sud, Minhee Kim vit et travaille à Nantes depuis l’obtention de son DNSEP en 2013.

Sa recherche artistique est axée sur le lieu comme témoin d’une histoire passée et/ou présente. La spécificité, le détail et la mémoire du lieu se trouve mis en lumière après reproduction et/ou déplacement d’un ou plusieurs fragments de celui-ci.

Ses dispositifs proposent des mises en abîme, des glissements entre les différents espaces de représentation.

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Pascale Rémita

Pascale Rémita vit et travaille à Nantes. Elle est peintre et réalise des vidéos.

« A l’intérieur de son travail plastique, l’artiste entreprend une déconstruction singulière et patiente des images et des flux actuels à l’œuvre dans notre société médiatique. …Menées sur le mode de l’enquête impersonnelle, ses oeuvres constituent autant de récits fragmentés et anonymes interrogeant notre rapport à l’image, à ses mobilités et ses persistances. De l’ordre rétinien ou mental, il s’agit bien là de questionner les statuts et les déplacements: ce que Benjamin appelait « l’inconscient de la vision ». La manière que possède notre regard de s’approprier et d’intégrer des représentations à travers une mémoire collective, personnelle et affective.

…En traitant la matière picturale à partir de focales changeantes et déconcertantes, l’artiste aménage un mixage complexe et sensible de données et de codes contemporains.

…Par porosités et perméabilités, une des particularités de sa pratique réside dans la façon dont celle-ci remet en jeu nos habitudes de perception de l’image peinte ou filmée. En aménageant un jeu de correspondances sensitives à travers le storyboard imagé ou elliptique de ses pièces, Pascale Rémita rend compte d’une conscience éclatée et fragmentaire des phénomènes. » Frédéric Emprou, Extrait du texte : Les Modernes Latitudes paru dans le catalogue Pascale Rémita

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Souad Mani

Souad Mani est plasticienne, née en 1978 à Sousse. Diplômée de l’Institut Supérieur des Beaux-arts de Sousse, vit et travaille dans la même ville.

Ses travaux et ses expérimentations vont du land art, de la vidéo au webart en passant par la photographie et la visualisation des données. Elle scrute les différentes modalités du réel et s’intéresse actuellement à la viralité du web, aux potentialités des interfaces mobiles et au travail collaboratif et participatif.

Son travail artistique transdisciplinaire se déploie à travers des expérimentations techno- poétiques, dans lesquelles elle collabore avec des spécialistes de domaines différents et elle crée des situations relationnelles et participatives. Éprise d’images fugitives, connectées et picturales, la plasticienne installe multiple protocoles de monstration qui interrogent le statut de l’œuvre et de l’artiste à l’ère des réseaux et des objets connectés.

Son travail a laissé des traces en Tunisie dans divers espaces d’exposition ( B’chira Art center, Dar Sébastien, Espace d’art vivant de Belvédère, Passengers, Debo52, Talan, Loukala, Elbirrou, Maison de France de Sfax et des espaces publics (Colline sidi Bou Said et Colline de cheneni, Cimetière marin de Mahdia, plage de Hergla, Piscines romaines de Gafsa. Aussi en France ( Mucem à Marseille, La Halle Roublot à Fontenay-sous bois, la Manicle au Havre, L’Atelier à Nantes, ALMA espace d’art à Paris, Galerie d’Art Municipale à Erquy, Institut du monde arabe, biennale des photographes du monde arabe contemporain), Dakar ( Dakar-off) et Rome (Musée Carlo Bilotti).

Fondatrice de l’association Delta. Porteuse et directrice artistique du projet franco-tunisien Under The Sand (2016-2019), elle met en place  des résidences, des workshops et des expositions.

 

 

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Wilfried Nail

Né en 1978, Wilfried Nail vit et travaille à Nantes. Il est diplômé d’un DNEP de l’École Nationale des Beaux-arts de Perpignan. Il a bénéficié d’une allocation d’installation d’atelier et de différentes bourses de production ( Région des Pays de la Loire, DRAC, DICAM… ).

Il a participé à plusieurs expositions, festivals et résidences en France et à l’étranger, et est à l’origine de deux collectifs de production : Lolab et Azones. Il est également fondateur du projet d’échanges, de résidences et d’expositions Franco-Tunisiens : Under The Sand.

Wilfried Nail procède par fictions ouvertes, c’est-à-dire par l’instauration de récits potentiels, où les formes restent souvent inachevées, fragmentaires et déviantes, toujours prises dans une mémoire processuelle qui, à la fois, les dépasse et les déplace. De l’enfant à l’archéologue, en passant par le flâneur baudelairien, Wilfried opère par sérenpidité, arpentant le territoire à la recherche d’un « je-ne-sais-quoi ». Il observe, récolte, collecte, accumule, superpose. Parfois se laisse distraire comme pris dans une fuite en avant, puis oublie, laisse tout en tas. Si le tas évoque, chez Georges Bataille, le rabaissement des formes en s’installant tels un crachat ou un déchet, dans une sorte de régression où le diagramme est partout, il affirme chez Wilfried, un potentiel narratif capable de destituer une réalité asséchée par un ordre imposé. Car l’artiste échafaude, comme on crée des histoires, des installations précaires au devenir incertain.

Proches du display, ces structures d’accueil ou de rangements déploient leur membrane et relient les indices et les traces d’une collecte dont le réseau de sens est désormais décontextualisé et à inventer. En sortant de la circulation des objets de leur territoire d’origine, Wilfried devient le curateur de scenarii rendant possible de nouvelles relations aux choses et au monde. En cela, il pratique une politique de l’installation plus que de l’exposition, au sens où Boris Groys précise que le support matériel du média-installation est l’espace lui-même.

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Commissaires

Fatma Cheffi

Fatma Cheffi est commissaire d’exposition et manager culturel basée à Tunis. Elle a suivi des études d’Histoire de l’Art à la Sorbonne Paris IV avant d’entreprendre un Master en Commissariat et Critique d’art à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

En 2016, elle est commissaire de Voice of the Border à la galerie Selma Feriani à Tunis, une exposition collective qui explore l’interpénétration de l’art et de la littérature à partir du roman 2666 de Roberto Bolaño.
Sa recherche curatoriale s’intéresse à l’expérimentation littéraire et aux intersections du cinéma et de l’architecture avec les arts visuels.


Jean-Christophe Arcos

Diplômé en philosophie et en sciences politiques, ayant également étudié à l’Ecole du Louvre, Jean-Christophe Arcos est critique d’art et commissaire d’exposition indépendant.

Chargé du programme curatorial pour la Ville de Paris dans le 11e arrondissement jusqu’en 2014, il a parallèlement lancé le Cinéma de la Nouvelle Lune à la Cité Internationale des Arts et fait partie des commissaires invités de Jeune Création, de la Biennale de Belleville et du festival DoDisturb au Palais de Tokyo.

Ses contributions aux catalogues de Simon Pfeffel, Gilles Pourtier, Marc Illing et Claire Dantzer, aux revues Manuel, Dorade ou Point Contemporain, ainsi qu’aux programmes de recherche de Documents d’artistes et du FRAC Nord Pas de Calais pour Public Pool, mené par CEA/Commissaires d’exposition associés, complètent ses recherches sur les points de jonction entre les formes contemporaines et l’histoire des idées.

Explorant les contextes et leurs contraintes, il étudie en particulier les tensions entre le cadre de l’exposition et les objets qui s’y déplient ou s’y assujettissent, et a entamé en 2012 un cycle théorique sur l’actualisation du modernisme dans ses acceptions esthétiques et politiques.

Né à Marseille en 1977, il vit et travaille à Paris.

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Marion Zilio

Marion Zilio est théoricienne, critique d’art et commissaire d’exposition indépendante.
Docteure en esthétique, sciences et technologies des arts de l’université de Paris 8 Vincennes Saint-Denis, elle est l’auteure de l’ouvrage Faceworld. Le visage au 21e siècle, à paraître aux PUF. Elle a été ATER et chargée de cours à l’université de Paris 8 dans l’UFR Art, Philosophie et Esthétique, et directrice artistique des hors les murs de la Foire Internationale YIA Art Fair #07 (Young International Artist) en 2016, où elle travaillait en dialogue avec le réseau Marais Culture + (Musée Picasso, Archives nationales, Musée des arts et métiers, Maison européenne de la photographie, Musée Cognacq-Jay, Cité Internationale des Arts).

Membre C-E-A / Commissaires d’exposition associés
Membre AICA France (Association Internationale des Critiques d’Art)

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Direction artistique

Direction artistique France 2015-2018

Wilfried Nail

wilfriednail[at]gmail.com

Direction artistique tunisienne 2015-2017

Souad Mani

souadmanielfani@gmail.com

Partenaires

Under The Sand projet Impulsé par Wilfried Nail, construit et dirigé par Souad Mani et Wilfried Nail I Commissarié par Fatma Cheffi, Marion Zilio et Jean-Christophe Arcoss I Porté par l’association française AZONES et l’association tunisienne DELTA I Soutenu par le Ministère de la culture de la Tunisie( Fond d’encouragement à la création littéraire et artistique) – la Région des Pays de La Loire – l’Institut Français et la ville de Nantes – Le Lieu Unique (Nantes) I Mécène Dr Wilfried Pasquier